Au coeur des Gilets Jaunes du Mantois
par une Gilet Jaune

C’est écrit sur la toile de bâche de la cabane des GJ de Buchelay :
« On lâchera quand les poules auront des dents ! Résistance ! »

Clin d’oeil aux 3 poules qui vivent sur le camp.

C’est vrai qu’ils en veulent les Gilets Jaunes du Mantois !

C’est le groupe le plus nombreux et actif du 78 et ayant encore début avril un Quartier Général à ciel ouvert qui tient bon.
Je les ai rejoints début décembre après les opérations de péage gratuit à Buchelay et la courte semaine au rond-point du port autonome de Limay, évacué suite à un incident.
Depuis la réinstallation du camp à l’entrée de la ZI d’Epône le 6 janvier, puis son déménagement sur un terrain agricole en bord de route à Buchelay en février, mon coeur est de plus en plus jaune !

Comment ne pas être impressionné par cette organisation au quotidien, cette inventivité dans l’aménagement du camp, cette dynamique de partage et de convivialité, de combativité depuis des mois, et ce malgré les baisses de forme, les anicroches inévitables (comme dans une famille !) et la répression
pour certain.es !

Ça repart toujours avec ce groupe d’une soixantaine d’actifs plutôt jeunes (30 à 45 ans), représentatifs de la population mélangée du Val de Seine, avec aussi quelques retraité.es comme moi. Il y a toujours de nouveaux GJ qui arrivent.

Non le mouvement ne s’épuise pas : il s’enracine et il s’étend !

Les femmes, nombreuses, sont très impliquées et animatrices malgré leurs charges familiales. Certaines sont allées aux marches femmes GJ à Paris. La plupart ne se disent pas ( encore..) féministes mais tiennent farouchement à l’égalité !

Toutes et tous ont à y gagner dans ce formidable mouvement social. Ils et elles sont de presque toutes les manifs du samedi à Paris, Rouen, Evreux ou Caen : et déjà 20 actes !
Avec la présence intrusive de la police sur les actions, le camp, la forte répression en manif ou l’espionnage sur les groupes internet, les GJ se sont vite aperçu que la police n’était pas de leur côté.
Les actions locales s’organisent de mieux en mieux  : manifs dans les grandes surfaces, celle de Mantes à 500 le 16 février, opérations péages ou parkings d’hôpitaux gratuits, actions visant des multinationales fraudeuses fiscales, diffusions de tracts, visites d’autres groupes, réunions et débats public.

La structuration et la communication se veulent souples, ouvertes, démocratiques et sans chefs, même si ce n’est pas toujours si facile : AG hebdomadaires autour des braseros ou dans l’agora construite en palettes, goûter ouvert certains dimanches, groupes de travail internet ou pas, par thèmes, ordres du jour, comptes-rendus,
animation et rotation des rôles, gestion de la page Facebook comptant 4300 membres, rapports avec les médias, projets d’actions et de communication...
C’est l’imagination qui prend le pouvoir sur fond d’auto-éducation populaire !

La conscience de la nécessaire coordination locale, régionale et nationale fait son chemin petit à petit ainsi que celle de la convergence avec les salarié.es
des entreprises locales et d’autres mouvements donc celui pour le climat.

Ainsi la réflexion sur le système politique et économique, la politisation dans le sens noble du terme, avancent de façon incroyable, pour la grande majorité très méfiante au début, car n’ayant probablement jamais fait ni grève ni manif, ni réunions, mais découvrant l’ampleur et la force potentielle de leur mouvement social.

Du jamais vu ni vécu depuis 50 ans (1968), ébranlant en quelques semaines et pendant plusieurs mois, un pouvoir des plus durs qu’il soit !

Quelle qu’en soit l’issue, les graines jaunes sont semées.

Et pour la plupart des GJ, plus rien ne sera jamais comme avant ! Pour moi non plus !
Le soleil jaune se lève et se couche aussi en rouge...

Fabienne Lauret, 3 avril 2019