Rassemblement du 4 septembre au Palais de Justice de Mantes la Jolie

Rassemblement du 4 septembre 11H au Palais de Justice de Mantes la Jolie

Au nom du collectif Roms Yvelines, car ils sont partis à la manif à Paris où ils seront en tête avec les autres roms d’Ile de France

Depuis bientôt 3 ans, nous touchons de près ce qu’est la réalité de la vie des roms en France et dans notre département… depuis que nous soutenons le camp d’une vingtaine de familles roms de la plaine de Triel Chanteloup, actuellement une centaine (50 enfants et 50 adultes).
C’est un exemple très parlant de la situation actuelle

Notre comité est composé de militants et citoyens associatifs (RESF, LDH, Dal, FCPE), quelques élus…et bien sûr représentants des les roms du camp.
Nous sommes affiliés à Roms Europe et en assoc loi 1901 depuis 2010.
Depuis le début de l’offensive, notre appel aux assocs, partis etc …a été entendu, notre comité s’est renforcé et nous espérons que cela ne faiblira pas

Depuis plusieurs années, des comités de soutien se sont constitués un peu partout en France et se sont fédérés dans le Collectif national Romeurope, constitué d’associations de Tsiganes, des droits de l’homme, de solidarité, humanitaires… Elle sont pu parfois imposer des rapports de forces et avec des collectivités territoriales partenaires trouver des solutions pour l’accès aux droits, d’abord par un accès à des logements dignes ?!

La stigmatisation et les rejets ne datent pas d’aujourd’hui mais là nous atteignons un palier, un basculement très offensif, au-delà d’une simple diversion, qui ouvre la voix à un recul général des droits pour tous !
Sarkozy, amalgame à l’appui, prétexte les affrontements de Saint-Aignan pour stigmatiser dans un même ensemble les « ?gens du voyages ? », français depuis des décennies, et les Roms originaires des Balkans.
Signalons qu’aucun rom n’était dans ces incidents ni à Grenoble
Le filon du racisme anti-tziganes est exploité jusqu’à la nausée avec la médiatisation des expulsions collectives de Roms, les nouveaux parias de l’Europe.
Car il s’agit bien d’expéditions punitives collectives sur toute une communauté.

Aujourd’hui : 130 camps expulsés (le gouvernement en veut 300), un millier de roms renvoyés de force.. A qui peut on faire croire que les pbs d’insécurité sociale de seront réglés après ce spectacle pitoyable ? D’ailleurs on vient d’annoncer qu’aucun d’entre eux n’est fiché pour délinquance..

Il faut savoir tout de même que les expulsions et destructions de camps ne datent pas d’aujourd’hui.

La police et la gendarmerie exercent une pression constante sur les campements pour arriver à des expulsions qui permettent au ministère de la rafle d’atteindre ses objectifs chiffrés d’expulsions (en 2008, ils représentaient 8 ?000 personnes, soit un tiers des reconduites à la frontière, et près de 5 ?000 en 2009).
Opérations inhumaines et d’autant plus absurdes qu’ils peuvent, en tant qu’Européens, revenir en toute légalité.

Les Roms présents en France sont entre 15 ?000 et 20 ?000, dont 40 ?% d’enfants, Depuis 1995 et surtout depuis 2000, ils quittent leur pays comme migrants économiques.
Les Roms ne sont nomades que par obligation sociale, car ils fuient les discriminations très violentes dont ils sont victimes en Roumanie notamment depuis des siècles et encore aujourd’hui où il y eut des pogroms en 1993. Et que Nadine Morano, qui n’y connait rien, aille voir en Roumaine s’il est possible pour les enfants roms d’aller à l’école !

Faut-il rappeler que dans toute l’Europe, comme les Gitans en France, ils furent les victimes d’un plan d’extermination nazi.
500 ?000 d’entre eux périrent dans les camps de concentration
.

Ils sont donc sédentaires depuis des générations et c’est la « ?période transitoire ? » imposée par la France aux Roumains et Bulgares jusqu’en 2014, qui leur interdit de se loger et de travailler légalement et les poussent au nomadisme.
Ils sont accusés « ?d’abus du droit à la libre circulation ? » depuis que la Roumanie et la Bulgarie ont adhéré à l’Union européenne en 2007
Ils peuvent circuler 3 mois, revenir (quoique le gvt prévoit déjà de fortes restrictions au retour) mais les obstacles au logement et au travail sont incommensurables. Au-delà, ils doivent justifier de ressources suffisantes et d’une assurance maladie ?!
Pour obtenir un titre de séjour, les Roms, roumains ou bulgares, doivent trouver un emploi et obtenir une autorisation de travail. Mais l’accès à l’emploi est limité à 150 métiers et un CDI est indispensable.
De plus, l’employeur accepte d’embaucher un travailleur roumain ou bulgare doit payer une taxe à l’Office français de l’immigration et de l’intégration, au minimum de 800 euros.

Privés de travail, ils n’ont aucune possibilité de se loger décemment.
Ils construisent donc des cabanes en occupant des terrains, privés ou publics, se regroupant dans des bidonvilles de tailles variables ou réquisitionnent des bâtiments vides.
Il s’agit souvent de quelques familles issues d’un même village (sauf grands campements)
Ces campements, déclarés illégaux par des procédures judiciaires, sont régulièrement expulsés par la police, à la demande des propriétaires, privés ou publics (collectivités locales).
Les biens des Roms sont à chaque fois détruits et les familles se réinstallent un peu plus loin ou dans une commune voisine.

À ces destructions de campements s’ajoutent les expulsions du territoire français qui permettent au ministère de la rafle d’atteindre ses objectifs chiffrés d’expulsions (en 2008, ils représentaient 8 ?000 personnes, soit un tiers des reconduites à la frontière, et près de 5 ?000 en 2009).
Opérations inhumaines et d’autant plus absurdes qu’ils peuvent, en tant qu’Européens, revenir en toute légalité.

Il suffit d’aller sur un camp de roms comme celui de Triel pour se rendre compte qu’ils cumulent tous les obstacles à une vie digne :
logement, travail, éducation, santé, revenu, papiers, racisme… et que tous les clichés, les rumeurs, les idées préconçues tombent d’un coup.

Depuis fin 2008, ils vivent donc sur un terrain divisé en parcelles sur la plaine de Triel /Chanteloup, à l’écart, abandonné et d’ailleurs pollué en partie (ancienne friche industrielle) mais promis à terme à une activité économique…
Certains venaient de l’ancien camp d’Achères dramatiquement expulsé en 2003…
- Sans eau proche (à 300m au cimetière), avec de petits groupes électrogènes, sans sanitaires, sans benne à ordures .. et dans des caravanes de fortune, la plupart très délabrées, des voitures d’occasion pour les tracter ...
- Des maires refusant les inscriptions à l’école comme à Triel pendant près d’un an, n’écoutant pas la défenseur des enfants que nous avons saisie mais contrainte par la Halde à l’obligation scolaire, Chanteloup refuse encore des collégiens , obligés d’aller à Mantes, Poissy, ou Conflans, avec de grosses difficultés de transport, démultipliées par l’éloignement et le coût. Certains collégiens viennent même à Mantes ou à Conflans
- Sans parler des allocations familiales qui leur ont été retirées cette année – Rappel : Manif à Mantes en Mars (certains départements les ont rétablies)

Alors que faire quand on n’a quasiment rien à manger, aucun strictement aucun revenu, que l’on ne peut pas laver les vêtements pour aller à l’école propre et le ventre plein …
Sans parler de la peur permanente pour les enfants de ne pas retrouver les parents ...

Alors oui, sans petit boulot au noir, la manche devient la seule solution…
Les terrains occupés et la mendicité ne sont donc ni dans leurs gènes ni une fatalité culturelle.

Oui nous avons entendu des familles nous dire, dépassant la honte de leur vie de misère, qu’ils avaient faim (car l’aide des assocs humanitaires ne suffit pas toujours), et là c’est nous qui avons eu honte de notre pays !

Nous avons du construire la confiance, longtemps ils ne voulaient pas apparaitre publiquement…
Alors nous avons fait beaucoupde travail dit de « terrain » social, suivi des dossiers, demandes de logement, (on en a obtenu 1 ou 2 ou 2 ans 1/2) d’aide médicale, inscriptions aux écoles, prospection pour le travail, démarches en préfecture, à l’académie, aux administrations etc.., suivi des demandes de régularisation, soutien culturel : spectacle chants tziganes, sortie au cirque pour les enfants, au cinéma avec le film Liberté de Tony Gatlif, … parfois participation à des rassemblements Roms sur Paris, ou comme à Mantes pour les allocs mais toujours avec les roms, car le comité ne se conçoit qu’avec leur participation et ce sont eux qui décident en dernier recours …

Aujourd‘hui ils sont terrorisés par ce qui se passe, puisque 4 APRF et 11 OQTF ont été apportés par des dizaines de flics et CRS pour 20 familles en plus de l’avis d’expulsion de la parcelle !
A tel point que certains dorment ailleurs, se cachent dans les bois… ou dorment tout habillés avec leurs chaussures en attendant la menace de l’expulsion chaque petit matin, des femmes parlent de suicide si on les oblige à retourner en Roumanie, les enfants sont traumatisés, il y a une sorte de dépression collective ...

Nous faisons d’ailleurs des veilles à tour de rôle depuis 15 jours de 5h à 8H
Aussi, ils ont peur de sortir en ville : les insultes, les remarques agressives, fusent parfois, ils craignent les articles de journaux qui reproduisent les clichés sur eux, qu’on les reconnaissent sur les films ou photos ..

Alors oui, nous disons que ce sont les Roms qui sont en insécurité et victimes de la délinquance d’état et pas l’inverse.

Dans une telle situation nous ne pouvons que regretter (et le mot est faible) la disparité des réactions des communes dont on était endroit d’attendre un soutien.
Ainsi E. Aït, maire PRG de Carrières-sous-Poissy, dans une lettre ouverte à Sarkozy demande « ?une mise en œuvre concrète dans les Yvelines de l’objectif qu’il s’est fixé concernant l’évacuation des Roms ? » ? : « ?je demande leur expulsion dans les meilleurs délais ? ».

Contrairement à d’autres communes qui ont su trouver des solutions provisoires comme celle de Choisy-le-Roi (94) accueillant les Roms dans un gymnase et exprimant sa solidarité aux côtés d’un comité de soutien ainsi que la commune d’Achères (78) qui a bcp soutenu en 2003 et auj par ex a fourni un car …

Les Solutions possibles défendues par les associations de soutien
Dans l’attente d’une résolution globale de la situation, nous exigeons :

  • l’engagement pris lors de la visite d’installer des bennes à ordures soit réalisé sans attendre,
  • le terrain soit viabilisé de façon transitoire (eau, électricité et accès notamment), jusqu’au relogement définitif des familles.
  • la garantie d’aucune expulsion, tant du terrain que du pays, soit apportée,
  • la scolarisation des enfants soit effective et facilitée, notamment en ce qui concerne les transports scolaires et la cantine, comme le stipule la loi,
  • les allocations familiales et prestations sociales soient attribuées aux familles,
  • soient régularisés les adultes pouvant l’être dès maintenant. Tout retard ou expulsion ne ferait qu’amplifier la précarité et la fragilité des familles et des enfants, sans régler leurs situations et serait lourd de conséquences.
  • l’arrêt des expulsions sans alternatives de logement ? ;
  • l’arrêt des pressions policières ? ;
  • le libre accès au travail ? : fin de la période transitoire pour la Roumanie et la Bulgarie ? ;
  • l’accès à la santé et à la scolarisation sans conditions

La réprobation grandit de partout, cette journée en atteste, y compris dans les rangs de la droite et de l’église, le gouvernement reste droit dans ses bottes, c’est pourquoi, et spécialement en temps de crise, la voix des citoyens épris de justice, d’égalité, de solidarité et de fraternité est primordiale pour arrêter cette machine de haine et permettre à nos amis roms de réaliser l’intégration qu’ils souhaitent, et vivre enfin paisiblement dans la dignité, avec nous, tous ensemble.

Fabienne Lauret, 6 septembre 2010