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COP21 : comprendre les enjeux

23 ans déjà

La COP, c’est la « Conférence of parties », les parties étant les pays membre de la Conférence sur les Changements Climatiques établie à Rio en 1992 lors du sommet de la Terre. Dans COP 21, on pourrait croire que 21 est une référence au 21ème siècle. Eh bien non, c’est la 21ème réunion annuelle de ce type.

C’est de la COP 3 en 1995 qu’est sorti le Protocole de Kyoto qui a été mis en œuvre entre 2005 et 2012. Objectif modeste, la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5 % en 2012 par rapport à 1990, de la part des pays industrialisés. Stricto sensu, l’objectif a été atteint et dépassé, encore faut-il prendre en compte l’absence des USA du Protocole, du Canada qui s’est retiré en fin de période (pour pouvoir développer l’exploitation des sables bitumineux terriblement sales climatiquement et environnementalement), et aussi l’effondrement industriel des pays de l’est européen et le ralentissement au cours de la crise économique qui s’est ouverte en 2008.

L’objectif principal est affiché : maintenir l’augmentation de la température mondiale moyenne en 2100 par rapport à sa valeur moyenne dans sa dernière période stable (moyenne de la deuxième moitié du XIX ième siècle) en dessous de +2°C. Pour ce faire, les objectifs principaux de la lutte contre les changements climatiques sont de 3 ordres :

  • le plus connu, la réduction des émissions de GES. L’objectif mondial est décliné par pays selon le principe de la « responsabilité commune mais différenciée », qui signifie que tous les pays participent aux changements climatiques mais que historiquement et actuellement certains (pays développés) y ont participé (bien) plus que d’autres (pays en développement).
  • un dont on parle parfois, l’alimentation par les pays développés du Fond Vert, de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, afin de permettre aux pays en développement de financer leurs plans d’action.
  • l’adaptation aux changements climatiques déjà réalisés, ceux inévitables du fait de l’inertie du climat et ceux qui adviendront en fonction des politiques plus ou moins climato-compatibles adoptées ou pas par les économies.

De nombreux mécanismes ont été mis en place pour permettre d’atteindre les objectifs. Hélas, les plus connus sont les inefficaces mécanismes de marché, dits « marché carbone ». Très inefficaces en particulier du fait de la dite crise économique. Alors que la tonne de CO2 valait 30€ au début du marché, alors que des pays comme la Suède l’ont fixé à 100€, actuellement, elle vaut 5€ sur le marché !

Le Protocole de Kyoto a-t-il atteint son objectif ? Cherchez sur Internet, c’est difficile de le savoir ! En tout cas, cela s’est tellement fait dans la douleur que certains pays ont annoncé qu’ils abandonnaient le Protocole, qu’ils ne s’engageraient pas dans un accord contraignant. Ce qui conduisit au désastre de la COP 15 à Copenhague, où les états n’ont pas réussi à s’entendre sur un accord qui prenne le relais de celui de Kyoto après 2012. Il a fallu attendre la COP 17 de Durban pour décider de remettre le processus sur de nouveaux rails. Décision douloureuse qui désigne la COP 21 pour décider d’un plan d’action efficace à mettre en œuvre à partir de … 2020. Nous sommes au pied du mur, la COP 21 qui se tiendra au Bourget est en préparation depuis 2 ans, autant du côté des états que du côté des citoyens et de leurs associations.

Du côté des états, on ne peut pas dire que les affaires soient bien engagées pour la COP 21. Pas d’accord contraignants, même pas des engagements volontaires, mais de simples intentions (INDC : Intented Nationally Determined Contributions) et absence de contraintes en cas de non atteinte des dits engagements. A 3 mois de la COP, les INDC annoncées ne couvrent que 50 % des émissions de GES et nous mettent sur une trajectoire de +3,5°C en 2100 plutôt que de +2°C.

Aux 3 objectifs principaux indiqués ci-dessus, on peut ajouter des objectifs conjoints :

  • le chômage. Après les 30 « glorieuses » (1945-75) au cours desquelles le chômage en Europe était « frictionnel » (envrion 2%), il est devenu structurel au cours des dernières 30 « piteuses » (autour de 10%). Deux solutions : prolonger le modèle précédent (fordiste), avec quelques mesures vertes ponctuelles (greenwashing) ou bien changer de modèle et se mettre en route sur une véritable transition énergétique. La première nous mènera dans l’iceberg, la seconde peut aider notre lourd navire planétaire à éviter l’iceberg. Et en prime, la création de nombreux emplois pour transformer nos bâtiments, changer d’urbanisme en rapprochant les diverses activités et les modes de déplacement, changer notre alimentation et donc notre système agro-industriel (moins de protéines animales – sauf les insectes ? - plus de protéines végétales), changer le système énergétique (sortir des fossiles et fissiles, réduire les consommations, passer au 100 % renouvelable). Diverses études ont montré que près d’un million d’emplois net peuvent être créés en France d’ici 2030.
  • les risques sociaux. Risques de déstabilisation, risques de guerre, risques liés aux centaines de millions de réfugiés climatiques, les aperçus actuels montrent que nos sociétés ne sont toujours pas prêtes à résoudre de tels problèmes pacifiquement et de manière socialement juste.

2 ans de mobilisation citoyenne et associative

Les Changements Climatiques (CC) avait suscité quelques maigres manifestations à Paris dans les années 2000 (elles n’ont pas dépassé le millier de participants, même le jour où nous sommes allés rendre visite au zouave du Pont de l’Alma, fameux pour avoir bu la tasse en 1910), appelées par des collectifs à l’initiative du RAC [1], seule organisation entièrement dédiée aux CC.

Plus tard, en 2009, la mobilisation citoyenne a été réussie en Europe pour participer au Forum alternatif à Copenhague lors de la fameuse et piteuse COP 15.

La COP 21 étant présentée comme un renouveau des négociations et accords internationaux, le mouvement citoyen et associatif jugeant nécessaire d’adopter une démarche stratégique autonome qui permettrait de traiter de la question climatique autrement qu’en regard des réunions des états, début 2014 a été créé la Coalition Climat 21, en France principalement du fait de l’accueil de la COP 21 sur son territoire. Un deuxième élément ayant favorisé cette création a été la encore plus calamiteuse COP 19 à Varsovie, où, à côté de la réunion des représentants des états, il y eu un sommet en faveur du charbon. Trop, c’est trop, les groupes de pression associatifs et au premier chef la coalition d’associations environnementales, en particulier la CAN (Climate Action Network) dont le RAC est le représentant en France, ont claqué la porte. Ce dernier événement a permis le rapprochement des deux collectifs associatifs, le CAN, et le CJN (Climate Justice Now) qui se présente comme plus radical et altermondialiste (Attac en fait partie). Depuis janvier 2014, une douzaine de réunions de représentants des associations membres de la CC21 se sont réunis en semaine sur une journée ou demi-journée. Afin de permettre un élargissement aux citoyens et aux actifs non permanents, 3 réunions de week end ont été réalisées également. Ces réunions et celles de leurs commissions ont permis de mettre très progressivement sur pied les initiatives qui se dérouleront fin novembre-début décembre. En outre, lors de rassemblements internationaux (FSM [2], COP 20 à Lima), des réunions internationales se sont tenues pour définir les grandes lignes des initiatives citoyennes qui se dérouleront pendant le temps de la COP 21.

En France, il existe un groupe très actif sur le climat dans ses différentes dimensions, environnementale, sociale, politique. Il s’agit de l’association basque Bizi ! qui se définit elle-même en regard de la crise écologique actuelle, comme altermondialiste, antiproductiviste et anticapitaliste. Ayant réalisé un village des alternatives à Bayonne en 2013, elle a proposé d’étendre ce mode d’action qui privilégie les alternatives concrètes pour un monde climato-compatible et socialement plus juste. L’idée de réaliser des villages des alternatives s’est répandu, près d’une centaine ont été réalisés ou sont annoncés. Le 5 juin 2015, un Tour Tandem est parti de Bayonne, a parcouru 5600 km, rencontré près d’un demi-million de personnes pour les sensibiliser aux CC et à ce que chacun peut faire pour s’y opposer.



Notes:

[1RAC : réseau action climat

[2FSM : forum social mondial à Tunis

Pierre Gineste, 17 octobre 2015
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