La dernière "Lettre d'ATTAC 78N"
Après sa participation décisive pour la victoire du NON au TCE,
après une année de jeux d’influence et un vote aberrant.
 (18 décembre 2006)

Dans une démocratie, une Constitution doit être simple, claire, lisible et compréhensible. Nous l’avons dit et redit. Et un vote ? Attac a choisi de mêler liste bloquée des fondateurs (avec chacun sa profession de foi), et liste à cocher pour les adhérents (certains soutenus par leurs Comités locaux, d’autres non - ?-), d’opposer démocratisation de l’association et indépendance garantie par les fondateurs. Avec en toile de fond la lutte pour garder ou prendre le pouvoir. Ceci avec deux bulletins de vote, plus celui de la réforme des statuts en prime. Et en fin de compte, une suspicion de fraude, et un Président élu par une minorité du CA.

Résolution du CA Attac 78 nord

Le Conseil d’administration du Comité local Attac 78 Nord, réuni à Conflans-Sainte Honorine, le 28 juin 2006, en séance élargie,

  • 1. Constatant que, depuis environ un an, des dissensions sont apparues à la Direction d’Attac France, qu’elles pénalisent gravement cette association et y provoquent une fuite d’adhérents,
  • 2. Constatant qu’en dépit de nombreuses tentatives de conciliation il a été impossible de ramener à la raison les protagonistes de ces différends,
  • 3. Considérant que la fracture provoquée par ces désaccords paraît irréductible,
  • 4. Estime que le Bureau national issu du scrutin contesté n’a pas la légitimité nécessaire pour préparer ni conduire l’organisation d’une nouvelle consultation,
  • 5. Refuse sa confiance à ce Bureau,
  • 6. Demande instamment à tous les membres du Bureau dont le mandat allait jusqu’à l’Assemblée Générale élective de 2006, de ne pas se représenter aux prochaines élections,
  • 7. Demande que ces nouvelles élections prévues aient lieu dans le meilleur délai possible, entre septembre et novembre 2006, et que son organisation soit confiée à une commission neutre.
  • 8. Propose que le Conseil d’Administration qui sera élu ait la charge de préparer, sur la base des éléments qui permettent la synthèse des points d’accord possibles et à l’aide de procédures réunissant toutes les forces de l’association (Conseil scientifique, Comités locaux et adhérents individuels), un Manifeste pour des alternatives au libéralisme,
  • 9. Avertit que si ses demandes des points 6 et 7 ci-dessus ne sont pas acceptées, il en tirera les conséquences lors de l’assemblée générale du Comité local qui est prévue le 12 septembre prochain,
  • 10. Charge son Bureau de porter les présentes décisions à la connaissance de la Direction de l’association et aux autres Comités locaux.

Quelques contributions au débat

Documents associés à l'article
Les anciennes "Lettre d'ATTAC 78N"
 (3 novembre 2006)

Quoiqu’il arrive, un grand merci à Attac pour ce que nous avons déjà pu faire ensemble. Et un grand merci aux quelques personnes qui l’ont créée. Elles y ont mis, comme beaucoup, énormément d’elles mêmes, le meilleur... et le reste. A cause de "ce reste", aujourd’hui Attac France est dans le rouge, éthiquement, politiquement et financièrement.

Avant d’en tirer des leçons pratiques pour le futur, avec ou sans Attac, voyons d’abord le meilleur.

Grâce à Attac des personnes, comme moi, ont eu la chance trop rare d’amorcer leur autonomie dans l’approche économique et politique de notre époque. Cela passe notamment par son approche historique, clé de voûte pour la compréhension de la situation actuelle. Sur ce sujet le petit livre de Keith Dixon : « Les évangélistes du marché » (très bon « retour sur investissement » en temps et argent) nous déroule un fil limpide : Accords de Bretton Woods, FMI, Banque Mondiale, OMC, AGCS, pénétration des écoles d’économie, pensée unique, corruption des médias, des syndicats et des partis qui ont trahi tant de promesses et d’espoir depuis les années 82/83.

Face à cette situation dramatique, Attac a été créée selon une formule originale faite de membres actifs (MA) et de membres fondateurs (MF). Les MF, composés de médias, syndicats, associations et personnalités devant irriguer et relayer l’association, ont été une formidable rampe de lancement. Conjuguée à l’immense besoin de riposte et d’espoir, Attac a surgi d’autant plus vivement. Sa participation reconnue à la victoire du 29 mai n’a pas été le moindre de ses succès.

Mais voyons « le reste » :

- Entonnoir de toutes les frustrations, sollicitée de toutes parts, Attac n’a pas pris soin d’elle-même. Elle n’a pas fait évoluer assez tôt ses pratiques internes. Les statuts d’Attac ne sont pas un modèle de démocratie. Par leur rigidité et leur structure asymétrique en faveur des MF (18 représentants au CA contre 12 pour les MA), ils démontrent combien l’entrisme via les MA était redouté par B. Cassen. Sa crispation n’a pas favorisé l’autonomie par la base. Ce « prêt à consommer » tellement dans l’air du temps a convenu à bien des militants débordés.

- Le succès d’Attac a aiguisé des appétits personnels d’image ainsi que des craintes de devoir se remettre en question parmi les appareils sclérosés dont certains sont MF.

- Si l’unité est facile pour dénoncer, elle est bien plus compliquée pour créer des projets alternatifs. La nécessité du débat sur le champ des désaccords et leur contenu n’a pas été anticipée.

Cet ensemble a permis que des luttes de pouvoir se trament au sommet d’Attac. Elles se sont exacerbées jusqu’au point d’orgue situé autour de la fraude électorale lors du renouvellement du CA national en juin.

Aujourd’hui, factuellement, on peut dire que si la fraude est avérée, on ne connaît pas encore les coupables et que les conditions de dépouillement du scrutin furent lamentables : sur ce sujet, les torts sont partagés et de nouvelles élections se mettent en place pour remplacer le CA issu de la fraude : une bataille de chiffonniers indigne des besoins et des espoirs suscités a été amorcée.

La question maintenant est de savoir si nous, toute la base d’Attac, réagirons assez pour sauver et faire revivre Attac démocratiquement cette fois-ci en nous investissant davantage dans cet outil dont nous avons plus que jamais besoin. Comme le bébé, il ne mérite pas d’être jeté avec l’eau du bain d’autant qu’il est lui aussi très jeune et perfectible.

Perfectible :

- en modifiant les statuts pour que les MF n’aient plus qu’un pouvoir consultatif afin d’éviter qu’Attac ne soit l’enjeu et le lieu de tractations occultes et sordides entre apparatchiks de quelques MF (1). N’oublions pas que certains MF étaient pour le oui au TCE...

- en redéfinissant la place du conseil scientifique (1) et en l’ouvrant aux philosophes et psychologues. De plus, cela ne pourra qu’aider les mégalos et les paranos à se calmer.

- en favorisant la création et l’intelligence collectives par l’art du débat.

Bref la coopération au lieu de la compétition.

Guy Leroy

(1) voir sur ce sujet la contribution du CA 78N sur son site

 (5 novembre 2006)

Une analyse de la situation que vit Attac et une contribution du comité pour le futur de notre association

Motion et mandat pour la CNCL des 30 septembre et 1er octobre 2006, suivis d’une contribution à propos des membres fondateurs et du conseil
scientifique.

Prévenir est difficile mais guérir l’est bien davantage, quand ce n’est pas impossible. Aussi il nous faut du courage aujourd’hui car nous ne sommes pas certains d’être héroïques demain.

En interne, Attac a failli éthiquement, politiquement et dans sa gestion de trésorerie. Etait-ce évitable ? Nous verrons plus loin, mais cela risque évidemment d’amener beaucoup d’entre nous à claquer la porte de dépit et à être dégoûtés pour longtemps du militantisme.

Au-delà de la colère et de l’émotion légitimes, tournons-nous vers l’histoire qui, dans de telles situations, peut nous servir de boussole. Aujourd’hui, toutes proportions gardées, la situation que vivent les militants d’Attac est beaucoup moins dramatique et dangereuse que celle
qu’ont vécue les premiers résistants français de la seconde guerre mondiale. Le pays était occupé, les nazis victorieux partout, les gouvernants français s’étaient déshonorés, et pourtant des gens politiquement divisés ont continué le combat, et cela même si ce n’était pas toujours de façon très régulière entre eux...

Prenons du recul

Attac nous a déçus, c’est évident, mais est-ce une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Parce que nous sommes indignés et effarés des situations tant locales que mondiale,

Parce que nous voulons agir avant qu’il ne soit trop tard car nous pressentons un retour possible de la peste brune,
et parce que nous pensons que le genre humain peut et mérite mieux, avec Attac nous nous sommes lancés à contre courant de tendances très lourdes dont la dynamique croît de façon exponentielle :

- montée en puissance et organisation de forces qui mènent au chaos par la promotion de la loi de la jungle en s’appuyant sur certaines caractéristiques comportementales du vivant et de l’humain (compétition,égoïsme...) ;
- faillite grandissante et corruption des forces et organisations sensées lutter contre les premières et sensées promouvoir un humanisme positif à partir d’autres caractéristiques humaines (coopération, réflexion ...).

Face à de tels problèmes nous avons plus que jamais besoin d’outils novateurs et efficaces comme Attac a su l’être.

Mais face à ces mêmes problèmes où bien d’autres se sont cassé les dents, comment prétendre réussir du premier coup, alors qu’Attac n’est qu’un prototype qui a encore besoin de plusieurs étapes de mise au point et davantage d’implication de ses militants dans son fonctionnement propre ?

Bien sûr Attac est frappée au coeur, quand bien même les auteurs de l’insupportable fraude lui seraient extérieurs. Car les problèmes éthiques ne se limitent pas à la fraude, il faut connaître tout ce qui l’a précédée, accompagnée et suivie : procès d’intention, divulgation et exploitation de résultats intermédiaires par des membres même de la
commission électorale, non-respect de la présomption d’innocence et lynchage hystérique, diffamation, intelligence avec les médias
adversaires...

Avoir raison (c’est déjà le cas en partie) c’est bien, mais la fin ne justifie pas tous les moyens.

Attac n’est pas pure, Attac est humaine donc Attac est perfectible.

Faisons un bilan critique du positif et du négatif, et reconfigurons l’association et ses statuts en fonction de nos conclusions, quitte à être plus modeste sur les objectifs, mais surtout en se donnant les moyens d’une réelle construction collective afin qu’Attac soit habitée
au plein sens du terme par des militants impliqués.


A titre de contribution pour le futur nous estimons ci-après indispensable de revoir l’articulation d’Attac avec ses membres fondateurs et son conseil scientifique.

Les membres fondateurs (MF)

Ils sont une des richesses d’Attac et bien qu’il soit souhaitable de leur trouver une autre dénomination, ils sont indispensables, surtout dans leur diversité. Les MF doivent avoir un pouvoir consultatif, le droit et même le devoir et les moyens de critique envers l’association, mais pas de pouvoir décisionnaire.

Car Attac doit être indépendante pour être sanctuarisée par rapport à ces lieux de pouvoir que sont les partis, syndicats, médias,institutions, organismes divers, labos de recherche, entreprises, etc...

D’autant que, pour la plupart, ces entités ont largement fait la preuve de leur faillite grandissante contre le libéralo-capitalisme, à cause de leurs sclérose, luttes d’appareil et/ou corruption.

Ce minimum d’indépendance organique d’Attac à leur égard est le cordon sanitaire qui doit exister. Cela permettra d’autant mieux à Attac d’accueillir individuellement en son sein les dissidents ou opposants internes à toutes ces entités. C’est surtout la meilleure façon de
limiter le risque qu’Attac devienne le lieu et/ou l’enjeu de tractations occultes et sordides entre les apparatchiks de ces entités (je te donne ceci, tu me laisses cela, etc...).

D’ailleurs on peut s’étonner que les syndicats, médias, ONG, etc... qui revendiquent leur indépendance par rapport aux partis refusent celle d’Attac à leur propre égard. Si en premier lieu ces entités sont sincèrement prêtes à lutter efficacement contre le libéralo-capitalisme et bien intentionnées envers l’outil Attac, c’est en partie à son service qu’elles doivent se mettre et non l’inverse. Ces pré-requis favoriseraient une sélection automatique de ces entités.

Et enfin, même si l’indépendance organique d’Attac n’est pas suffisante pour l’éviter, elle reste néanmoins nécessaire pour limiter le risque d’instrumentalisation et/ou de neutralisation. Attac se doit de participer, d’être un partenaire loyal, efficace et à part entière comme elle le fut pour le 29 mai. Mais pour ce faire elle
ne doit pas être mineure et cornaquée par ses partenaires.

Le conseil scientifique (CS)

Le CS a un rôle bien précis qui n’est pas de se constituer en contre pouvoir au sein d’Attac. Ses membres doivent être adhérents à l’association au même titre que les autres, avec les mêmes droits, sans plus. Le savoir est à développer, son expression à favoriser, mais il ne
faut pas oublier que le savoir est déjà un pouvoir en soi. A ce titre il doit être contrôlé et non pas fantasmé et idéalisé. Il serait donc inutile et même dangereux « d’en rajouter » et de transformer le CS en caste supérieure. D’autant que la connaissance n’a jamais préservé quiconque de la corruption, du délire ou de la faute.

En outre le CS doit favoriser le travail trans-disciplinaire et pour ce faire il doit s’ouvrir, notamment à la philosophie et à la psychologie.

L’aide de ces sciences humaines est indispensable :

- pour rendre chacun plus autonome, libre, et efficace, tant individuellement que collectivement ;
- pour atténuer le pédantisme et surtout les égos hypertrophiés ;
- pour améliorer les conditions des débats ;
- pour donner plus de vie à notre action ;
- pour mieux appréhender et plus en amont la chaîne de causalités en allant jusqu’au coeur de la cellule sociale qu’est l’être humain ;
- pour contrer nos adversaires, qui eux utilisent largement les sciences humaines sans vergogne.

En outre, cet ensemble est de nature à limiter le populisme anti-intellectuel.

Bien sûr, comme dit plus haut, tout cela suppose que le maximum d’adhérents s’investisse aussi dans le fonctionnement, le perfectionnement et l’entretien de l’outil Attac. Cela n’est pas évident, mais comment demander à nos contemporains d’être critiques,
démocrates, impliqués, de comprendre la politique actuelle et d’agir contre elle, si nous ne sommes pas nous-mêmes impliqués dans le fonctionnement de notre association ?

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